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Published by degavroche

Distance: 123km –Montée: 2016m

Réveillé à l’aube, je descends l’escalier en essayant de ne pas faire craquer les marches. En buvant mon litre de thé matinal, je dévore le pain et le miel de Benoît, apiculteur de son état. Soléa qui n’aura pas beaucoup dormi cette nuit-là, ne tarde pas à venir me rejoindre : elle commence au miel et je poursuis au pesto.

Une heure après mon réveil, Benoît descend pour libérer mon vélo prisonnier à l’intérieur de sa camionnette, le seul garage possible à l’abri de la pluie. C’est d’ailleurs très humide à l’extérieur, mais la route est sèche. Maria apparaît au moment du départ, un rayon de soleil dans la grisaille matinale. Soléa n’aura pas voulu monter sur mon engin. Elle préfère le regarder d’un air dubitatif.

A 8:10, après remerciements et adieux, je prends mon envol. Facile, la route descend jusqu’à Limoux. La ville est entourée de vignes, berceau où on élève la fameuse blanquette dont Benoît n’avait pas manqué, la veille au soir, d’ouvrir une bouteille bio de derrière les fagots. Comme la ville est dans un creux, de l’autre côté, ça monte un peu. Je passe des cols imprévus. A 8:55 le col d’Al Bosc (250m). Dans la montée on peut encore voir en se retournant, la chaîne des Pyrénées que je n’avais pas vue la veille. A 9:10, le col du Loup (285m). Peu avant 10 heures se dévoile la cité fortifiée de Carcassonne avec presque un rayon de soleil, timide. Ce sera le premier et le dernier de la journée. (la photo n'est pas de moi - ni d'ailleurs de ce jour-là)

Il est 10:55 quand j’arrive à Caunes en Minervois, autre région d’AOC pour le vin. Je suis à la fin d’une série de faux plats et je m’apprête à entrer dans la Montagne Noire. Pour l’instant c’est le ciel qui me paraît de cette couleur. Le col des Salettes est à 20km et je décide de reprendre des forces avant la montée et la pluie imminentes. Je termine ma collation en 25 minutes alors que les premières fines gouttes tombent sur la place du village.

Je reprends mon chemin qui emprunte l’étroite et humide vallée de l’Argent Double. Jusqu’à Citou (378m) ça monte tout doux. A l’Espinassière (440m) la pente forcit. Comme la pluie en fait de même, j’enfile mon maillot à manches longues sous mon coupe-vent pas étanche. Au col de Salettes (866m), je suis trempé comme une soupe. Voilà près d’une heure et demie que je roule sous la pluie qui s’est transformée en déluge. Fort d’une expérience trop récente, j’enfile mon collant d’hiver, une polaire et des gants. Je ne sais pas si je descends sur une route ou dans le lit d’une rivière. Après 3km de descente, je suis congelé et tremblant. Bien entendu, les freins ont perdu 80% de leur efficacité et je parviens tout juste à ralentir le vélo dans des pentes inférieures à 7%. Grâce à une vitesse très réduite, à cause des conditions météo, je trouve facilement le raccourci qui plonge sur le village de Labarcarède. La pente s’incline à 10%. Les freins ne suffisent plus à contrôler la vitesse. Je suis obligé de décaler, de me relever à la verticale et d’imprimer une forte pression sur la route avec mes talons en maintenant les poignées de frein serrées au maximum. Même ainsi, le vélo continue d’accélérer. Heureusement sur ce chemin communal et par ce temps de chien, il n’y a pas un véhicule sur la route !

Au bas de la descente c’est Labarcarède (328m), Là, je grelotte et la pluie ne fait pas mine de cesser. Je me console en me disant que la montée va peut-être me faire dépenser quelques calories et réchauffer mon corps tremblant et engourdi.

10 km de montée ne sont pas de trop pour faire cesser le frissonnement. A la moindre descente je me remets à trembler comme une feuille. Je n’apprécie pas beaucoup le paysage et je ne profite pas du plaisir grisant de la glisse en descente. Le col du Fauredon (807m) ne me réjouit pas non plus, si ce n’est que je m’approche du but.

A 15:00, je franchis le portail de la maison de Marion et Nicolas. Je suis dégoulinant, mal rasé et sale. Affamé, famélique et pitoyable. Frigorifié, tremblotant et chevrotant. Je ne suis pas, contrairement à ce que me disait ma grand-mère il y a une vingtaine d’années, un apollon. Je suppose que mon apparition devant leur véranda aurait pu avoir quelque chose d’effrayant, voire d’épouvantable. Cependant, c’est avec le sourire que j’ai été accueilli dans cette maison.

Pendant que je me décrasse dans la salle de bains, mes vêtements font un tour dans le lave-linge et on ravive le feu dans la cheminée. J’ai pu me débarrasser de mes tremblements, prostré devant l’âtre, alors que mes hôtes bravaient la pluie et le brouillard, armés de bottes et de cirés pour monter des cultures de pommes de terre à la verticale dans des palettes en bois afin de les protéger des rats.

J’ai poursuivi mon lent réchauffement avec une tasse de thé et des biscuits. Ce n'est qu'au bout de trois longues heures que j’ai eu le courage de franchir la porte pour refaire une beauté à mon vélo qui avait, lui aussi, souffert de la pluie.

Au souper, nous avions un quatrième convive en la personne de Cédric. Nicolas avait préparé des burgers aux fallafels avec une abondante salade et Marion avait cueilli une grande quantité de fraises du jardin. La pluie, elle, n’avait pas fait relâche, mais tombait un peu moins dru.

Le sommeil s’est abattu sur moi comme un arbre tronçonné et j’ai dormi comme une souche.

Limousin

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