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Published by degavroche

Distance: 160km - Montée: 1030m

Au petit matin le ciel est gris et les nuages qui traversent le ciel vont bon train. Le mercure affiche 4 degrés et la température ne montera pas bien plus haut pendant cette longue journée.

La veille au soir j’avais contacté mon ami Olivier à la Parrilla, pour lui annoncer mon arrivée imminente et pour convenir d’un rendez-vous à Cogeces del Monte, un peu moins de 30km avant l’arrivée. Nous avions parlé du vent, qui généralement vient du nord. Ça tombait bien car la route entre Burgos est au nord de Valladolid. J’avais estimé qu’en six heures de vent arrière j’en aurais terminé avec les 160km de cette étape.

La mauvaise surprise en plus du froid glacial et d’un soleil complètement occulté, fut que le vent venait du sud, sud-ouest. En écrivant ces lignes je vérifie la direction et la vitesse du vent sur ces interminables champs de blé, Il vient du nord-est et souffle à 17 km/h. En plus, il fait 12 degrés et le soleil brille. Dans ces conditions, c’est certain, j’aurais mis six heures.

Bien que le calendrier affiche la date du 28 mai, je pars donc avec le collant d’hiver et je ne tarde pas à sortir les gants en laine polaire de la sacoche.

Pour la première fois je navigue en suivant la trace sur l’écran de ma tablette. Sortir d’une ville comme Burgos est aisé pour les pèlerins de Saint Jacques. Il suffit de suivre la foule, ou à défaut, les panneaux indicateurs. Mais au grand étonnement de la plupart de ceux qui m’ont posé la question, je ne suis pas un chemin conventionnel. Je ne vais pas à Santiago, je ne suis pas el camino del Cid. La route, je l’ai tracée tout seul, en fonction du relief, de la fréquentation automobile, de la possibilité de trouver un logement et du temps que j’avais pour partir en voyage.

Il se trouve que le tronçon entre Burgos et Valladolid est un peu un passage obligé. Voilà des années que je promets à mon ami Olivier d’aller lui rendre une visite à la Parrilla, et je ne pouvais pas rouler en Castille sans passer par sa maison. Je suis certain que la route aurait été agréable sans tendinite, sans vent contraire et sans pluie.

Je passe la petite ville d’Arcos sur une route neuve, un vrai billard. Et pourtant au douzième kilomètre, un silex minuscule vient perforer mon pneu et ma chambre à air avant. Je n’avais vraiment pas envie de quitter les gants par cette température hivernale aggravée par un vent à plus de 40 km/h. Il a bien fallu réparer.

Je repars 20 minutes plus tard, les mains sales pour affronter le vent assourdissant. Dans les champs de blé, d’avoine et d’orge qui s’étendent à perte de vue, on ne distingue pas un arbre, pas une colline pour freiner le souffle de l’air. Des bourrasques me scotchent sur la route et malgré un effort soutenu, ma vitesse de croisière oscille entre 15 et 22 km/h.

Je suis forcé de m’arrêter toutes les deux ou trois heures pour reposer mes oreilles de ce tumulte incessant et reprendre des forces. Ce mercredi est l’une des journées où j’ai fait le plus d’arrêts pique-nique. C’est aussi la journée la plus ventée de tout le parcours.

J’arrive a Peñafiel avec une heure de retard et je m’abrite derrière une petite église pour manger encore un petit peu. Je n’ai même pas le courage de m’arrêter pour prendre une photo de l’imposant château aujourd’hui transformé en musée du vin

Le vent m’empêche d’entendre ce que me dit Olivier au téléphone. Je crois que nous avons rendez-vous d’ici une heure à l’entrée de Cogeces devant le complexe sportif où il y a une fontaine.

J’arrive au rendez-vous avec quinze minutes de retard mais ne trouve pas mon ami qui devait me rejoindre à vélo. Après 30 minutes, n’ayant cette fois plus rien à manger, ni à boire, je cherche en vain la fontaine et me décide à aller arrêter un habitant pour refaire le plein du bidon. Comme le ciel s’assombri et que le vent pousse les nuages vers moi, je décide de me remettre en route. Maintenant que je vais à l’ouest, le vent va, lui à l’est.

A la sortie du village, Olivier appelle, il me rejoint 10 minutes plus tard. Cette fois, le ciel est vraiment menaçant. Il ne tardera pas d’ailleurs à mettre ses menaces à exécution. Un orage s’abat sur les deux seuls cyclistes qui ont osé défier la nature.

A Montemayor de Pililla nous nous réfugions sous un toit pour laisser passer la tempête. Malheureusement après 50 minutes, la pluie ne donne pas de signe d’accalmie et nous décidons à parcourir les 10km restants jusqu’à la maison de mon ami. Je le vois disparaître au loin à plusieurs reprises. Je suis exténué par plus de huit heures de lutte contre le vent. La tempête et la pluie finissent de m’achever. J’ai du mal à atteindre les 20km/h et je pense qu’Olivier doit avoir un sacré entrainement avec son vélo.

L’arrivée à la Parrilla se fait attendre et la route qui mène au village est bien défoncée, raison supplémentaire pour moi de réduire ma vitesse, d’autant plus qu’avec l’eau dans les nids de poule il est difficile d’en apprécier la dangerosité.

Dix heures et demie après mon départ de Burgos, enfin, la maison apparaît et bien vite j’apprécie de ne plus être dans le vent. Oui c’est un truc qui ne m’a jamais branché. Ça fait aussi du bien de se laver et d’enfiler des vêtements secs. Un petit feu de bois vient agrémenter le confort de cette ambiance extérieure hivernale.

Un bon repas en famille accompagné de Maria-Jesus et de Clara, l’épouse et la fille d’Oliver vient redonner du baume au cœur au cycliste dépité et frigorifié que j’étais en franchissant le seuil.

Demain, c’est promis, je repose ma tendinite et je reprends des forces. Olivier ira travailler et je remettrai mon vélo en état, traiterait le courrier, finirai de prévenir mes hôtes de mon arrivée retardée, contacterai femme et enfants et laverai mon linge. Une journée de repos est toujours bien remplie dans ce genre de voyage !

Castillo de Curiel de Duero

Castillo de Curiel de Duero

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