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Published by degavroche

Distance ; 110km – Montée: 2934m

Cette étape est courte et pourtant je crois que c’est celle que j’ai eu le plus de mal à terminer. Mais ne nous emballons pas, et essayons de suivre l’ordre chronologique du récit.

Pour commencer Nekane m’offre de redescendre mon vélo jusqu’à la route asphaltée en véhicule motorisé. Comme il vente, qu'il fait très froid et que le souvenir de la piste montée la veille est encore frais dans ma mémoire, j’accepte de faire une entorse à la règle. Une crevaison, en plus de me coûter près d’une heure, pourrait bien aussi m’enrhumer.

A 8h08, après la photo de coutume, la bise et les adieux, je pars en short sur le nationale et face au vent. Ce dernier restera glacial toute la journée et malgré la longue montée au puerto de Serrablo, je ne parviens pas à me réchauffer. Là, l’eau qui se trouve dans le caniveau est figée. Je décide de mettre le collant d’hiver (celui que j’utilise pour aller au bureau par moins 10 degrés), les manches longues et le coupe-vent. Peu après, j’enfile les gants en polaire, mais le froid me transperce. En plus j’ai une douleur de plus en plus insistante derrière le genou droit au niveau du muscle demi-membraneux ou du muscle gracile. Au fil des heures ça devient très handicapant. C’est en descente et lors de la reprise du pédalage que je sens les douleurs les plus vives.

Dans la descente sur Ordovés, je croise deux cyclistes randonneurs, eux aussi emmitouflés malgré le soleil et la montée.

Le vent est soutenu et, bien-sûr, de face. A Latre il n’est pas encore midi, mais mon corps réclame une pause. La lutte contre le vent et le froid consomme plus d’énergie que d’habitude. Il faut reprendre des calories et vite !.

Le redémarrage est douloureux et les montées se font très lentes. Le raidillon après Javierrelatre paraît interminable. La descente qui le suit l’est tout autant. Je me traîne jusqu’au Puerto d’Oroel où je jette un œil triste à la belle aiguille du sommet éponyme. C’est dans une souffrance aiguë que j’atteins Jaca vers 15h50, environ une heure avant l’arrivée de mon amphitryon Abraham. Je pense ne pas pouvoir poursuivre le voyage. Je profite de l’heure que j’ai à tuer pour rendre visite à la gare. Pas de train direct pour Madrid. Il faudrait une journée pour arriver à la capitale par le rail et une autre, au moins, pour rejoindre la maison. Je considère une visite à l’hôpital devant lequel je viens de passer, mais me ravise. Je vais attendre mon hôte devant sa porte en traînant la patte. Sur un vélo horizontal, il faut le faire !

Abraham arrive en avance et m’ouvre son studio. L’air y est à peine plus chaud qu’à l’extérieur. Je pense que mon épuisement augmente la sensation de froid. En effet, 14 degrés sans vent à l’intérieur, ça devrait être supportable. Je ne sais pas encore que je vais passer près de 36 heures dans cette glacière.

A la vue de ma jambe droite, Abraham, diagnostique une tendinite. Nous allons faire un tour en ville, pour acheter des victuailles et visiter l’avancement des travaux de son commerce. Il va bientôt ouvrir une boutique de location de vélo. J’ai du mal me traîner dans les rues de cette Jaca au climat si rigoureux.

Abraham me propose d’aller voir un ami à lui, sportif et physiothérapeute de son état. Mais l’ami de décroche pas le téléphone. Ce n’est que tard le soir qu’on arrivera à le joindre. Rendez-vous est fixé pour le lendemain.

Du riz, des légumes et de la salade, puis au lit. Je recouvre mon sac de couchage avec le duvet cousu main de mon hôte. Je pense à mon épouse qui certainement aurait un avis sur la température qui règne dans la cuisine-salle-à-manger-salon-chambre de cet appartement.

Le samedi matin, vers 10h, Mike ouvre son cabinet spécialement pour me recevoir. Il comprend mon projet, confirme la tendinite et se met au travail. Massages, points de pressions et plantage d’un aiguille dans le muscle et le tendon endolori. Cette méthode appelée « punción seca » en espagnol est une méthode invasive, douloureuse et radicale.

Après une heure de torture, Mike m’a mis un patch à n’enlever sous aucun prétexte, et une bande élastique autocollante qui allait de sous la fesse jusqu’à devant le genou. Elle aussi à garder le plus longtemps possible.

Ensuite, il m’a vivement conseillé d’aller à la plage plutôt que de faire du vélo. Et comme s’il avait vu dans mon regard que moi, la plage bof, il m’a dit de prendre du repos et de couper mes étapes en deux durant quelques jours,

Le bon Abraham était d’accord pour me garder une nuit de plus dans son nid frisquet. Alors je ne me suis pas fait prier pour rester. J’ai fait les courses et la cuisine pendant qu’il s’occupait de monter son affaire. J’ai même eu le temps de mettre un peu à jour ce blog, sur une connexion intermittente. Ce sera la seule fois où j’aurai le loisir de le faire.

Le dimanche matin, il fallait bien partir. Heureusement, la douleur avait bien diminué et j’allais découvrir quelques jours plus tard que Mike, qui en réalité s’appelle Sergio Sans Gumersindo Lacasa, est une sorte de magicien. Si vous passez par Jaca avec des douleurs, rendez-lui donc une visite :http://vitaliasalud.es/

Ascaso - Jaca
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