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Published by degavroche

Distance: 158km - Montée:2197 m

Le 8 juin je passe la frontière. Au petit matin le ciel est chargé. Une grosse pluie vient d’arroser le village d’Arsèguel, mais une éclaircie semble pointer au sud. Comme le vent vient du sud, j’ai un petit espoir. Le petit déjeuner avalé, je prends congé de mes hôtes catalans pour rejoindre l’infâme N-260. Aussitôt le pont d’Arsèguel franchi, me rattrape une petite bruine. Rien de grave, sur un faux-plat en montée le cuissard et le t-shirt à manches longues sèchent aussi vite qu’ils s’humidifient. Le crachin m’accompagnera jusqu’à ville frontière de Puigcerdà, la dernière ville espagnole. J’en profite pour faire des provisions car la nourriture est bien meilleur marché et plus abondante ici que de l’autre côté. Je tente de m’approcher du centre ville, mais des barrière en interdisent l’accès. La pluie s’intensifie.

Je vois que je ne vais pas trouver de magasin dans le quartier où je suis entré. Pour ne pas perdre trop de temps, et pour pratiquer une dernière fois la langue de Cervantès, je demande où trouver légumes, fruits et fromage. Le premier passant n’est pas du coin, la deuxième non plus. Je ne tombe que sur des gens de passage. J’interpelle une dame et lui demande si elle est de la ville : « ¿Es de la ciudad ? » et elle me répond « Mi ayuda, no » Elle avait compris que je lui demandais de l’aide ou l’aumône ou je ne sais quoi. En tout cas elle ne souhaite pas aider. C’est la première fois qu’on m’envoie paître en Espagne. D’habitude, les gens sont très aimables et serviables. Il faut dire que la mégère avait un accent un peu slave. Mais ceci n’explique pas tout. Enfin, la personne suivante m’indique le marchand de fruits, qui me vendra bananes, concombre, tomates, carottes et pêches et en prime me donnera l’adresse de la charcuterie (pour acheter du fromage). A la sortie de ce magasin, il mouille sérieusement. Mais quand j’ai acheté mes fromages de brebis et de chèvre, le rideau de pluie est impénétrable.

Je réduis mes provisions de moitié et comme j’ai goûté aux 3 fromages achetés, je rachète pour 4.96 euros de celui que j’ai préféré. Le vendeur qui m’a vu pique-niquer devant sa vitrine constate que je l’aime vraiment ce fromage. 420g il y en a pour 5.25 Euros mais il me fait un prix. Je me débarrasse de toute ma monnaie. C’est toujours ça de moins à transporter. Comme il pleut encore, j’enfile le collant et la polaire de Steve, surmontée de mon coupe-vent et entame ce nouveau morceau de fromage.

Il est 10:45 et il faut bien se décider à repartir. La pluie et le brouillard offrent une visibilité à 30m maximum. Très vite l’averse se transforme en orage de pluie, puis de neige. Dès les premiers kilomètres je suis trempé jusqu’au slip. Mais comme ça monte je résiste au froid.

Entre Bourg-Madame (1140m) et el Coll de la Quillane (1713m), je me fais saucer sur 30 km pendant deux heures. Les gants en polaire sont de vraies éponges, je dois peser 5 kg de plus à cause de l’eau qui inonde mes vêtement et mes sacoches, je résiste maintenant plus difficilement au froid. Sous la neige je grelote et n’apprécie guère la vue du lac de Matemale. La redescente s’avère encore plus problématique. Le tonnerre et les éclairs ont cessé, mais la pluie ne se calme pas. Le freinage est rendu difficile par des doigts gourds, le tremblement de mes membres et la pluie qui empêche l’adhérence patin-jante. Sur cette route très passante et sans aucune visibilité, la progression est dangereuse. Ma carte s’est désintégrée dans sa pochette plastique et je ne sais plus trop où je suis.

8km sous le point culminant de la journée à l’entrée de Formiguères, je dois arrêter ma progression d’escargot pour essayer de calmer mes tremblements. Je n’arrive pas à me maîtriser. Il me faut m’abriter et me réchauffer, mais où ? En face de moi se dresse une maison arborant l’enseigne d’Hôtel les deux Lacs. Je suis obligé d’en rabattre et de surmonter ma quasi phobie des bars et restaurants. A l’étage, deux jeunes garçons jouent sur un ordinateur. Il n’y a pas de clients et le patron, chef de cuisine, m’accueille avec un sourire radieux qui pourtant ne parvient pas à me réchauffer. Je lui demande si je peux m’abriter dans la salle. Il voit que j’ai failli mourir de froid. Après 10 minutes, je sors de ma prostration et décide d’aller tordre mes vêtements aux toilettes et d’enfiler des habits moins humides sortis de mes sacoches. Il me faut encore près d’une heure pour me décider à appeler Benoît qui m’attend pour la fin d’après-midi. Je lui rends compte de ma situation déplorable et sors une phrase qu’il relèvera avec un sourire en coin audible à travers le téléphone. « Je ne suis pas certain d’arriver à arriver » Mes neurones n’ont encore pas fini de dégivrer. Je suis resté une heure et demie dans l’hôtel et les tremblements ont enfin cessé après deux ou trois tasses de thé. Deux euros cinquante, c’est cher pour un thé, mais très bon marché pour un sauvetage vital.

A 14:15, les nuages se sont dissipés et un timide soleil est apparu. J’ai renfilé mon collant et mon maillot mouillés, mis un peu d’huile sur la chaîne lavée par tant de pluie et j’ai repris la route. Les 25km de descente m’auraient très certainement achevé et je ne serais plus là pour vous raconter cette horrible étape, si on ne m’avait pas donné refuge à Formiguères. Aujourd’hui ce n’est plus qu’un souvenir désagréable, mais le froid et la pluie sont des ennemis redoutables à vélo si l’on n’est pas trop bien équipé pour y résister, comme c’était mon cas. L’Espagne au printemps, vous pensez bien que je n’allais pas m’encombrer de gore tex et de polaire d’hiver ! Sur ce coup-là, je dois avouer que j’ai été un peu léger. Voyager léger n’est pas toujours idéal !

Il ne me restait plus qu’à passer les cols de Clausels (977m), d’Aychides (107m), des Tougnets (558m), de Festes (677m) et du Buis (675m) pour arriver à Saint-Couat-du-Razès non sans passer par un raidillon final de derrière les fagots et de me perdre plus d’une fois sur des routes minuscules et sans panneaux indicateurs.

A 17:45 j’ai bien fini par arriver à arriver chez d’adorables jeunes gens qui croient en l’avenir et vivent selon des principes et une éthique malheureusement trop peu répandus en Occident. J’ai pu sans problème ajouter au menu mon pesto d’orties cueillies en compagnie de Solea, la fillette de la maison. Je crois que jamais ils n’avaient vu quelqu’un manger autant de l’excellente tarte aux oignons de Maria. Connaissez-vous beaucoup de gens qui vivent encore sans frigidaire ? La maison était équipée de toilettes sèches. Par contre ma tenue n’était pas, elle, sèche, le matin au moment du départ. Merci de m’avoir ouvert les portes de votre humble demeure Maria, Benoît et Soléa.

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