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Distance 198km – Montée 2852m

Isabel devait emmener sa fille Eva à une visite médicale à 8:00, à plus d’une heure de route. Moi j’appelle ça un contrôle d’hygiène et de bon développement. Les autorités espagnoles font subir aux parents et aux enfants adoptés de nombreux tests pour savoir si les deux s’entendent bien. On y dépiste la maltraitance et les maladies et on vérifie que la croissance se fait sans encombre.

J’avais fait sonner le réveil à 6:00 pour ne pas mettre en retard mes amphitrions. A 7:15 nous sortions du garage qui en voiture, qui à vélo.

La matinée est fraîche et le vent faible mais toujours de face. La fête commence en montée. Je n'avais pas vu ce petit col Puerto el Caballo (739m) sur la carte lors de la préparation du voyage. Ce n’est pas grave. L’étape prévue est courte et peu difficile. Et puis la route m’offre une belle descente sur Mas de Las Matas. Les kilomètres défilent sous ma roue. Dans la montée à la Ginebrosa, la route est en travaux. Je risque encore une fois d’éventrer un pneu ou de pincer la chambre à air sur les gros cailloux. Après deux kilomètres à rouler sur des œufs, je m’arrête près d’une voiture de chantier et demande à ce qu’on me sorte de ce champ de mines. On me dit qu’on va me donner un coup de main. J’ai quand même le temps d’avaler un avocat un carotte et 150g de fromage avant que n’arrive une camionnette. Quand j’ai compris comment on allait transporter le vélo, j’ai presque regretté de n’avoir pas fait les 3km de route à pied. Je me console en me disant que ça m’aurait pris une heure. On m’a installé sur la banquette devant la porte coulissante. La roue arrière du Seiran entre les jambes et le reste du vélo en équilibre hors du véhicule. L’arrimage consistait en mes seuls bras droit et main droite agrippée au cadre du vélo. Mon poignet droit était baigné de graisse de la chaîne. Dans les virages à droite, c’était supportable. Mais dans les virages à gauche, la force centrifuge s’exerçait sur le vélo en équilibre instable. Mon bras droit tétanisait et j'ai bien failli me démettre l’épaule. J’ai dû demander au chef de chantier de rouler plus doux dans les virages. Ce furent cinq minutes d’effort statique intense au niveau des muscles radiaux et palmaires.

Il est 10:40 quand j’arrive affamé à Valderrobres. Un petit tour à la boulangerie, puis au supermarché, faute de fromagerie, et me voilà prêt pour 50 minutes de pause dans cette ville fortifiée, la dernière ville de la province d’Aragon de mon périple. Je trouve une petite place sur un banc dans le parc, à côté de l’école et dans les cris d’enfants en perpétuelle récréation.

Pour digérer, je repars nord est en direction de la Horta de St Joan. Oui, c'est la meilleure direction pour un bon transit. D’ailleurs, le transit est assez dense sur cette partie de l’itinéraire.

Catalogne, me revoilà ! Je vois, sur ma droite, les monts du parc naturel des Ports qui me séparent de Tortosa et de la mer soigneusement évitée lors de ce voyage. On trouve des formes de montagnes intéressantes dans cette région.

Je traverse Gandesa, et un plateau parsemé de champs d’éoliennes interminables pour redescendre sur l’Ebre à Vinebre, la ville étape initialement choisie. Il n’est que 14:30, le compteur marque 141km. Je monte dans le village pour échapper au bruit et à la circulation intense de la C-12. Là je trouve des bancs au soleil et une fontaine d’eau, tiède. Une pause d’impose. Je termine mes provisions en contemplant avec de plus en plus d’intérêt la possibilité de ne pas passer ma nuit dans un motel sans charme au bord d’une route à grande circulation et à 1km d’une centrale nucléaire.

Me voilà requinqué et décidé à prolonger l’étape, sachant que j’ai peu de chances de trouver un lit dans les 40 km suivants. Ce que j’avais oublié de considérer sous le soleil de plomb de cette après-midi ce sont les 1000m de montée de ces prochains 40 km. Me voilà parti pour une interminable ascension dans des vallées magnifiques avec des rochers arrondis que l’on voit au loin ou qui surplombent la route. A vol d’oiseau, la distance est relativement courte, mais en suivant l’asphalte et ses détours, le chemin est ardu.

A Margalef, un panneau indique une casa rural, mais il n’est que 16:30. Je passe mon chemin. Je passe le Coll de la Creueta (794m) vers 17:15 et profite du panorama pour prendre une petite collation car le prochain village est encore loin. D’autant plus loin que la route ne descend presque pas et que je suis ralenti par un enrobé très grossier et granuleux. Il est 17:50 quand j’arrive à La Pobla de Cérvoles, premier village susceptible d’offrir un possible hébergement. Devant le seul bar ouvert du village, des clients m’assurent que la propriétaire loue des chambres. J’entre et cherche cette dame providentielle. Un habitué serviable, qui a compris ma requête, crie un prénom à travers les parois qui séparent la partie privée de la partie publique du lieu. Une matrone arrive et m’assure qu’elle ne loge personne. Par contre, elle m’indique une pension à l’autre bout du village. Il me faut dix minutes pour localiser l’endroit. Le propriétaire m’accueille à bras ouverts et me demande où sont mon épouse et mes bagages. Je comprends vite qu’il m’a pris pour un client français qui l’avait appelé une heure plus tôt pour réserver. J’ai bien besoin de me laver et mes traits doivent être tirés après cette longue étape de plus de 190km. Avec mon cuissard et mon maillot jaune fluo, je ne pense pas qu’on puisse facilement me confondre avec un automobiliste. Et pourtant…

Nous n’arriverons pas à nous mettre d’accord sur le tarif. La chambre coûte le double de ce que j’ai en poche. Il n’accepte pas le paiement par carte et on ne trouve pas de distributeur au village. Cependant, l’homme est assez aimable pour décrocher le téléphone et appeler une collègue qui tient un hôtel-bar dans un village à 4km de là. Le prix annoncé de 24 euros la nuit me donne des ailes pour rejoindre el Vilosell et m’y installer pour la nuit. Je suis le seul client de Cal Butifarra, la chambre est grande, au calme, dans les murailles. Une fois payée ma nuit, il me reste du liquide pour aller manger. Le panard!

J’ai déjà fait 57km de la courte étape du lendemain. De plus la personne qui m’a proposé de me loger à Taroja de Segara s’avère incertaine. De fait, elle ne sera pas présente, chez elle, le lendemain soir et me propose un vague plan de rencontre d’un de ses amis dans un bar. Je préfère annuler et trouver une autre solution. Je suis à 134km de Sant Llaurenç où j’ai dormi le 21 mai. C’est le seul point où ma route se croise. J’appelle Ainoha et Ángel pour leur demander de m’héberger à nouveau et leur proposer un repas au resto. La première toujours enthousiaste est enchantée de m’accueillir à nouveau et le deuxième de faire ma connaissance. Quant au resto, ils déclinent mais je leur propose de cuisiner pour eux chez Ainoha. C’est d’accord, je ferai une partie des courses à Solsona et le reste à l’arrivée.

Comme il n’est que 19:20 après ma toilette, je profite du temps clément pour visiter l’enceinte fortifiée avant de redescendre sur la place du village à la recherche d’un repas. Je trouve un bar qui ne m’inspire pas trop et un restaurant qui affiche ouvert mais dont la porte est fermée à clef. C’est vrai qu’il n’est que 20:00 ! Je retourne à mon bar hôtel de Cal Butifarra pour expliquer ma recherche infructueuse à l’aimable tenancière et la convaincre, non sans mal, de me préparer un repas. Elle accepte de me donner une salade, du riz, des escalopes de poulet et un dessert. Pour 12 euros c’est donné. Me voilà prêt à aller dormir. Je prends la précaution de demander si je pourrai déjeuner vers 8 heures le lendemain, mais c’est beaucoup trop tôt pour la dame. Elle ferme le bar après minuit et les yeux encore bien plus tard. Elle me prépare un plateau petit déjeuner que je prendrai dans le salon cuisine, à l’étage à côté de ma chambre. Nous sortons aussi le vélo du garage pour que je puisse partir à l’horaire de mon choix le lendemain matin. Il tient à peine entre la porte d’entrée de l’hôtel et l’escalier qui monte aux chambres. Ce n’est pas grave, ce soir, j’ai l’établissement pour moi tout seul.

ValderrobresValderrobres

Valderrobres

Coll de la Creueta

Coll de la Creueta

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